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Edouard Montpetit (n'a pas seulement été
une station de métro)
Pourquoi une section sur l'économiste et juriste québécois, Edouard
Montpetit
?
Par plaisir et
curiosité pour l'histoire du Québec, mais aussi en raison des conseils et des leçons
qu'il lègue à notre génération.
Que nous enseigne
Édouard Montpetit ?
Puisque finance-quebec.com
est axé sur le monde de la finance, nous rapportons ici les passages clefs du
tome 1 de La conquête
économique - Les forces essentielles (1939), un recueil de réflexions
d'Edouard Montpetit sur la dimension économique du Canada français rédigé
entre 1917 et 1939.
Le tome est
disponible dans sa totalité et en ligne dans la bibliothèque numérique de
l'UQAC :
Classiques des
sciences sociales
Edouard Montpetit nous donne un aperçu des problèmes qui
pesaient sur le Québec de son époque. Nombreux parmi ceux-ci ne
correspondent plus à la réalité que nous connaissons. Les connaître permet
cependant de se rappeler qu'avec un peu d'imagination les difficultés que
traverse le Québec
d'aujourd'hui peuvent elles aussi être dépassées.
Certains problèmes que rapporte Montpetit demeurent hélas d'actualité, mais
La conquête économique regorge
heureusement de
solutions et de conseils pour les surmonter.
Ce qui frappe de ses observations, c'est qu'elle montre la constance
de ces thèmes et comment elles auraient aussi bien peu être émises
pour décrire 2010. On voit aussi chez lui un archétype Québécois pour qui
tout revient à la survie identitaire. A la fois canadien français et
économiste, il observait comment la langue et l’identité subissaient les
soubresauts de l’économie mais inversement aussi comment celle-ci pourrait
être exploitée comme levier pour assurer la sécurité identitaire du Québec.
Commençons.
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Que disait-il du rôle de l’économie ?
P11 « Comment avoir une économie qui nous soit propre si les leviers de
l’argent sont manœuvrés par d’autres ? »
« Je ne voulais pas que les préoccupations d’ordre
matériel occupassent la première place ; je les tenais pour secondaires
dans le plan national et je ne voyais que leur valeur pour notre défense et
notre rayonnement. »
P31 « La question nationale est, pour une bonne part,
une question économique. Non pas que la fortune soit suprême, elle n’est
qu’un moyen, mais combien fort. Que la conquête économique soit l'oeuvre de
demain. Elle nous donnera un élément d’égalité, sinon de supériorité, car
nous resterons enclins par nature à cultiver la pensée, à rechercher
l’expression, à répandre l’art »
Que disait-il l’éducation ?
P12 « Notre enseignement a longtemps vécu au-delà
de la réalité, dans le domaine de l’esprit. Il a été surtout littéraire et
philosophique, d’une philosophie livresque dans contact avec la vie. Cet
enseignement accentuait nos défauts, la manie de l’éloquence, satisfait
d’elle et considérée à l’égal d’un acte, en sorte que, quand elle avait
parlé, elle nous laissait repus de verbiage, en face d’un adversaire armé de
volonté et d’actions. »
Après le démantèlement du cours classique au
Québec, le problème que soulevait Montpetit ne se pose plus, mais en
contrepartie, le Québec a détruit une des institutions qui démarquait la société française en Amérique. Nous avons démocratisé
l’éducation ce qui était nécessaire et qui permit de moderniser le Québec en
accéléré, mais nous avons détruit une façon extraordinaire de former
l'esprit que nous n’avons pas remplacée). L’essentiel de cette formation
était d'enseigner à réfléchir profondément, avec précision et de
communiquer avec souplesse.
Une définition de l’identité canadienne-française et
son rapport avec la culture anglo-saxonne
P13 « En est-il un qui ait défini le Canadien
français ? Être canadien, c’est être attaché à notre territoire ; être
français, ce n’est pas être attaché à la France, mais c’est accepter de
garder sur cette terre l’héritage français. »
P24 «
c’est être attaché à notre terre, à notre histoire ; vivre un tradition. »
P13
« Nous subissons le contact et la poussée de groupes ethniques qui
vivent à nos côtés ou qui nous pénètrent. Nous leur emprunterons des moyens
d'action, mais à la condition de nous être au préalable fortifiés de nos
traditions ; de nous être fait un "coffre", c'est-à-dire une psychologie
forte, un caractère. Se replier sans cesse sur soi-même, surtout quand la
source de vivification s'appauvrit par des circonstances d'espace ou de
temps, c'est s'étioler »
« Or, comment renforcer nos traditions sans les
connaître, sans apprécier les valeurs de civilisation que nous portons en
nous. »
Que disait-il du français et de son rapport
avec l’anglais ?
P15 « Le français est notre langue maternelle : nous lui devons tous
les égards. C'est la voix "du cœur et du foyer", une de nos loyautés et le
signe de notre civilisation. Si nous voulons une économie qui soit nôtre,
nous ne la réaliserons que dans le respect et le culte de notre langue, qui
en deviendra l'expression et la force, c'est-à-dire la raison d'être. Ainsi
apparaît la valeur économique du français, et combien nous gagnerions en
puissance et en rayonnement à le bien parler. Le négliger, c'est nous
résoudre à l'emprise anglaise ou américaine dans tous les domaines.
L'anglicisé en est là. »
P17 « C’est en anglais que nous serons entendus
par nos compatriotes de descendance anglo-saxonne. Dan les Chambres
fédérales, nous n’avons guère d’autres instrument de persuasion et la
conduire des affaires est à ce prix, l’inégalité coutumière en ce pays où
nous avons pour lutter emprunté jusqu’aux moyens de l’adversaire. »
« Dès lors, prenons-en notre parti,
et, puisque nous y sommes contraints, sachons tirer de l’anglais une
discipline. Consentons à l’apprendre intelligemment, à le raisonner, à le
juger, à percer le mot jusqu’à l’idée, pour le comparer avec exactitude à
celui qui lui correspond en français, afin, qu’il serve à aviver chez nous
le souci de l’expression et, en définitive, à défendre notre parler. »
« Deux principes me paraissent
essentiels ; apprendre d’abord la langue maternelle et bien l’apprendre, ce
qui n’est pas toujours notre fait ; rechercher ensuite dans l’anglais
l’appoint d’une langue enseigné en fonction du français. »
P18 « Car il faut faire de l’anglais, un
instrument de culture française par le rapprochement des mots, des
tournures, de la syntaxe surtout. Pratiqué ainsi avec intérêt, il sera mis
au service de notre langue maternelle. D’une étude jusqu’ici fastidieuse, on
fasse la source de nouvelles clartés
Le purisme c’est cela, au moins pour
nous qui vivons dans l’ambiance anglo-américaine. »
« L’anglais, poursuivi jusque dans
ses nuances, nous aidera donc aussi à défendre notre langue. Nous y
trouverons une occasion de plus de bannir [la peur ] qui nous ronge ;
connaissant l’anglicisme, nous le fuirons. »
Les pays scandinaves comme autre
référence
P27 « Que serait notre agriculture si
nous entendions les conseils de la science pour nous prêter à la
coopération et régler nos marchés. C’est la formule heureuse où le Danemark
a puisé sa rénovation. Sa population dépasse à peine celle de notre
province. Cependant, le Danemark frappe par l’essor et l’intensité de sa vie
économique. Il s’est instruit avec résolution, et il a compris et disséminé
l’idée de la coopération. De pauvre qu’il était, presque en danger de périr,
est devenu conquérant. »
« Nous nous limitons à la petite et
à la moyenne exploitation. Par malheur, nos entreprises ne durent pas ;
elles cèdent à la 2e génération ou s’abandonnent à plus puissants
qu’elles. »
Que disait-il de notre rapport avec la
francophonie nord-américaine ?
P27 « Qui affirmerait que les Canadiens
français s’intéressent à leurs congénères, de l’Acadie ou des États-Unis ?
Ils ont pour eus une pensée émue, voire fraternelle ; mais le feu que
l’esprit entretient est vite oublié »
La notion de caisse de dépôt pour contrer
l’exode du capital et sa non-utilisation
« Nous ne manquions pas de capital au point
que nous croyons. Une partie se place, mais le plus souvent au service des
autres. Quand pratiquerons-nous la solidarité de l’argent »
Le poids de la
chose politique au Québec
P31 « Il faut des hommes politiques, sans
aucun doute. C’est à la politique que nous devons nos succès passées. Mais
ce que je crains, c’est que le politique ne soit une trop forte mangeuse
d’hommes. Pour quiconque prononce avec une certaine allure quelques
discours, nous rêvons aussitôt un avenir parlementaire. C’est clairsemer des
rangs déjà bien serrés. Gardons quelques électeurs. »
La nécessité d'une état social - c’est de trop bien
connaître l’homme
P44
« Afin de sauvegarder l’industrie et son expansion,
des écrivaints,
que n’émeut pas le malaise social, conseillent à l’État de ne pas
intervenir. Optimistes à la manière des premiers économistes, ils condamnent
la législation sociale au nom du progrès. Cette conception ne manque pas de
grandeur, mais la recherche incessante du l’intérêt personnel conduit aux pires
abus et à de terribles réactions.
L’intervention de l’état est une nécessité
sociale. La collectivité ne saurait
se
désintéresser du bien-être des individus ni permettre, fût-ce sous le noble prétexte de
respecter les libertés économiques, que l’injustice et la souffrance
menacent le grand
nombre. Il y a au-dessus des lois économiques, les lois d’humanité »
Nationalisme québécois défini
P108 « Etre, vivre, durer »
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